Ouvrir un Restaurant
Création d'entreprise · 02 Aug 2026 · 22 min de lecture

Ouvrir un restaurant : les 8 professionnels à contacter avant la signature du bail

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Fred
Rédacteur
Ouvrir un restaurant : les 8 professionnels à contacter avant la signature du bail

Le bail, ce papier qu'on signe trop vite

Il y a un moment précis, dans un projet de restaurant, où tout bascule. Ce n'est ni le jour où l'on trouve le nom, ni celui où l'on goûte les plats du futur chef. C'est la signature du bail.

Avant, tout est réversible. Après, plus rien ne l'est vraiment.

Un bail commercial 3/6/9 engage pour neuf ans, avec une première fenêtre de sortie à trois. Le loyer tombe tous les mois, que la salle soit pleine ou vide, que les travaux soient finis ou pas, que la licence soit obtenue ou non. Et pourtant, c'est le document que la plupart des porteurs de projet font relire en dernier. Souvent après l'avoir signé.

La scène se répète : on tombe amoureux d'un local, l'agent immobilier presse un peu, il y a « deux autres candidats sur le dossier », on signe. Trois semaines plus tard, on apprend que la copropriété refuse le passage d'une gaine d'extraction en façade. Le projet est mort, mais le loyer, lui, continue de courir.

Alors voici les huit interlocuteurs à consulter avant de poser sa signature. Leur coût cumulé tourne autour de 2 000 à 6 000 € selon la taille du projet. À comparer avec les 40 000 € de travaux d'extraction imprévus, ou les 60 000 € de fonds surpayé, que ces mêmes professionnels auraient détectés en quelques heures.

Pourquoi le bail est le vrai point de départ (et pas la fin) du projet

Le calendrier réel d'une ouverture ressemble à ça : recherche de local, validation technique et juridique, signature, travaux, licences, ouverture. Six étapes. La troisième est celle qui verrouille les cinq autres.

Pourquoi ? Parce que 60 à 70 % des postes de dépense d'une ouverture sont conditionnés par le local choisi. Le coût des travaux dépend de l'état du local. Le besoin en matériel dépend de la surface de cuisine disponible. Le chiffre d'affaires prévisionnel dépend du flux de la rue. Le nombre de couverts dépend des mètres carrés exploitables. Tout découle du local.

Autrement dit : choisir un local, c'est déjà avoir choisi 70 % de son business plan, sans l'avoir écrit.

Et il existe un outil, largement sous-utilisé, pour se protéger : la condition suspensive. Une clause qui rend la signature caduque si un événement précis ne se réalise pas. Obtention du prêt bancaire. Autorisation d'extraction. Accord écrit de la copropriété. Transfert effectif de la licence IV. Chacune de ces conditions peut être inscrite noir sur blanc dans le compromis ou la promesse.

Le bailleur va grogner, c'est normal. Un bailleur préfère toujours un engagement ferme. Mais entre grogner et perdre un candidat sérieux, la plupart choisissent de négocier.

Les trois questions qui doivent être tranchées avant toute signature

Trois questions. Pas trente. Si les réponses ne sont pas écrites quelque part, il ne faut pas signer.

  • La destination du local autorise-t-elle la restauration ? Pas « on verra », pas « le précédent locataire faisait des sandwichs ». Ce qui compte, c'est la rédaction exacte de la clause de destination dans le bail, et la conformité du local au règlement de copropriété.
  • L'extraction des fumées en toiture est-elle réalisable et autorisée ? Techniquement réalisable, et juridiquement autorisée. Les deux. Un conduit peut passer physiquement et être refusé par l'assemblée générale.
  • Le montant du droit d'entrée ou du fonds est-il justifié par le chiffre d'affaires réel ? Réel, c'est-à-dire vérifié sur les bilans, pas annoncé oralement par le cédant.

Ces trois points concentrent l'essentiel des projets qui échouent avant même d'ouvrir.

1. L'avocat en droit commercial (ou en baux commerciaux)

C'est le premier appel à passer. Pas le dernier.

Un bail commercial de restauration fait entre 20 et 40 pages. Une partie est standard. Une autre, non. Et c'est dans cette autre partie que se logent les clauses qui coûtent cher pendant neuf ans.

Ce que l'avocat vérifie concrètement :

  • La clause de destination. « Tous commerces » est le graal, rare et cher. La plupart des baux comportent une destination restreinte, parfois formulée de manière piégeuse.
  • La répartition des charges et des travaux. Le décret du 3 novembre 2014 encadre ce qui peut être refacturé au preneur, mais laisse de la marge. Les travaux relevant de l'article 606 du Code civil (les grosses réparations : murs, toiture, poutres) ne devraient pas peser sur le locataire. Certains baux tentent pourtant de les transférer.
  • La clause de déspécialisation. Elle conditionne la possibilité de faire évoluer l'activité. Utile le jour où l'on veut ajouter la vente à emporter ou modifier le concept.
  • Le droit au renouvellement. C'est la valeur patrimoniale du bail. On y touche rarement, mais quand une clause l'affaiblit, elle vide le fonds de sa valeur de revente.
  • La clause résolutoire. Elle définit les manquements qui permettent au bailleur de résilier. Plus elle est large, plus le locataire est exposé.
  • L'état des lieux d'entrée. Obligatoire depuis la loi Pinel. Son absence se paie à la sortie.

Un piège revient plus souvent que les autres : les destinations « restaurant sans cuisson » ou « restauration légère ». Ça sonne anodin. En pratique, ces formulations interdisent la friteuse, le piano de cuisson, parfois même la plancha. On se retrouve à faire du snacking froid dans un local loué pour ouvrir un bistrot.

Coût indicatif : 800 à 2 500 € pour une relecture complète et une phase de négociation.
Quand le contacter : dès la lettre d'intention, avant la promesse. Pas après.

Différencier bail commercial, bail précaire et location-gérance

Trois régimes, trois logiques.

Le bail commercial classique (3/6/9) offre la protection maximale : droit au renouvellement, indemnité d'éviction en cas de refus, valeur patrimoniale. C'est le régime de référence, et c'est aussi le plus contraignant en termes d'engagement.

Le bail dérogatoire, dit précaire, est plafonné à 3 ans (renouvellements compris). Il séduit ceux qui veulent tester un concept sans s'enfermer. Son revers est brutal : aucun droit au renouvellement. Au bout des 3 ans, le bailleur reprend son local, et tous les travaux réalisés partent avec. À réserver aux formats réellement testables, pas à un projet où l'on investit 150 000 € en aménagements.

La location-gérance permet d'exploiter un fonds existant contre une redevance, sans l'acheter. Elle réduit le ticket d'entrée, mais elle place l'exploitant dans une position de dépendance vis-à-vis du propriétaire du fonds. Elle sert souvent de période probatoire avant un rachat, avec une promesse de vente adossée. C'est une bonne formule quand elle est bien encadrée, une mauvaise quand elle ne l'est pas.

2. L'expert-comptable spécialisé CHR

Deuxième appel, parfois même le premier.

Son rôle avant signature n'est pas de tenir la comptabilité, elle n'existe pas encore. C'est de répondre à une question simple : ce loyer est-il supportable ?

Le ratio de référence du secteur est connu et rarement respecté. Le loyer et les charges locatives ne devraient pas dépasser 8 à 12 % du chiffre d'affaires HT prévisionnel. Au-delà, la rentabilité n'est pas difficile, elle est structurellement compromise. Un restaurant qui paie 18 % de son CA en loyer travaille pour son bailleur.

Ce ratio permet un calcul inversé qui rend souvent service : à partir d'un loyer annoncé, on remonte au chiffre d'affaires minimum nécessaire. Puis on regarde si ce chiffre est atteignable avec la surface, le nombre de couverts et le ticket moyen envisagé. Beaucoup de projets s'arrêtent là. Tant mieux, c'est le bon moment pour s'arrêter.

L'expert-comptable valide aussi :

  • Le prix du fonds de commerce. Les multiples usuellement observés se situent entre 60 et 120 % du CA annuel HT, ou 2 à 4 fois l'excédent brut d'exploitation, selon l'emplacement et le concept. Un fonds affiché à 200 % du CA n'est pas forcément une arnaque, mais il demande une justification solide.
  • Le choix de la forme juridique. SAS, SARL, statut du conjoint, régime social du dirigeant. Des arbitrages qui se corrigent mal après coup.
  • Le besoin en fonds de roulement. Le poste le plus systématiquement sous-évalué. On budgète les travaux, le matériel, le stock initial, et on oublie qu'il faut payer les salaires du deuxième mois alors que la salle n'est pas encore pleine.

Un mot sur la spécialisation CHR, parce qu'elle change tout. Un expert-comptable généraliste fait très bien son métier, mais il ne connaît pas les ratios du secteur. Il ne saura pas dire si un coût matière à 38 % est acceptable (il ne l'est pas, la cible en restauration traditionnelle se situe entre 28 et 32 %). Il ne tiquera pas sur une masse salariale prévisionnelle à 48 % (la cible tourne autour de 35 à 40 %). Il ne connaîtra pas les subtilités de la convention collective HCR, ses grilles, ses avantages en nature repas, ses durées d'équivalence.

Ces écarts de quelques points paraissent anecdotiques. Cumulés sur un compte de résultat, ils font la différence entre un restaurant qui vit et un restaurant qui survit.

3. Le bureau de contrôle ou le bureau d'études techniques

Un restaurant n'est pas un local commercial ordinaire. C'est un établissement recevant du public, classé en type N, généralement en 5e catégorie tant que l'effectif reste sous 200 personnes.

Ce statut entraîne des obligations. Elles se vérifient avant signature, pas pendant les travaux.

  • Accessibilité PMR. Depuis la loi du 11 février 2005, tout ERP doit être accessible aux personnes à mobilité réduite. Un local avec deux marches à l'entrée et des toilettes de 90 cm de large impose soit des travaux, soit une demande de dérogation, qui n'est jamais acquise d'avance.
  • Désenfumage. Souvent oublié, parfois coûteux à mettre en œuvre dans l'ancien.
  • Dégagements et issues de secours. Le nombre d'issues conditionne l'effectif admissible. Une seule sortie peut plafonner la capacité bien en dessous de ce que la surface permettrait.
  • Résistance au feu des matériaux. Classements de réaction au feu des revêtements, portes coupe-feu, tout cela se chiffre.

Mais le vrai sujet, celui qui tue le plus de projets, c'est l'extraction.

Une cuisine professionnelle produit des fumées, des graisses et des odeurs. La réglementation impose un conduit indépendant montant jusqu'en toiture, avec un débouché à un mètre au-dessus du faîtage. À cela s'ajoutent le traitement acoustique (le caisson d'extraction fait du bruit, les voisins le remarquent) et le traitement olfactif (filtres à charbon, parfois plasma).

Un local déjà équipé d'une gaine existante, c'est une chance. Un local sans gaine, c'est entre 15 000 et 40 000 € de travaux dans le meilleur des cas.

Et dans le pire ? C'est une impossibilité. Parce que le conduit doit traverser des parties communes, que cette traversée nécessite l'accord de l'assemblée générale de copropriété, et qu'une AG de copropriétaires résidentiels vote rarement avec enthousiasme le passage d'une gaine de restaurant devant les fenêtres du troisième étage.

Ce point précis mérite d'être tranché par écrit avant la signature. Pas par un « ça devrait passer » de l'agent immobilier.

Le diagnostic technique du local en 6 points

Une visite technique sérieuse couvre au minimum ces six points :

  1. La puissance électrique disponible. Le triphasé est indispensable pour une cuisine professionnelle. Un renforcement de branchement se compte en semaines de délai et en milliers d'euros.
  2. L'arrivée et l'évacuation d'eau. Diamètre, pente, position par rapport à la future cuisine.
  3. Le bac à graisses. Obligatoire, encombrant, et impossible à installer dans certaines configurations.
  4. La ventilation. Apport d'air neuf compensatoire, sans lequel la hotte tire mal et la salle devient inconfortable.
  5. La hauteur sous plafond. Une hotte professionnelle demande de la hauteur. Sous 2,50 m, les options se réduisent vite.
  6. Le stockage et les livraisons. Où va la chambre froide ? Par où passe le camion ? Une rue piétonne avec livraison autorisée uniquement entre 6 h et 8 h change l'organisation du travail.

4. L'architecte d'intérieur ou le maître d'œuvre CHR

On l'appelle généralement pour dessiner. Il faudrait l'appeler d'abord pour vérifier.

Sa mission avant signature tient en une phrase : ce local permet-il physiquement le concept envisagé ?

Les ratios de surface sont assez stables dans le métier. Comptez 1,2 à 1,5 m² par couvert en salle, circulation comprise. Et surtout, réservez 25 à 35 % de la surface totale pour la cuisine, les réserves, le vestiaire du personnel et les sanitaires.

Faisons le calcul sur un local de 80 m², puisque c'est un format courant. Retirez 30 % pour les locaux techniques : il reste 56 m² de salle. Divisez par 1,3 m² : environ 43 couverts. Pas 60. La différence entre les deux chiffres, sur un prévisionnel, se compte en dizaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires annuel imaginaire.

L'architecte chiffre aussi l'enveloppe travaux au ratio du mètre carré. La fourchette habituellement observée va de 800 à 2 000 €/m² selon l'état du local et le niveau de finition recherché. Un local livré brut de décoffrage et un ancien restaurant repris en l'état ne se situent évidemment pas au même endroit de cette fourchette.

Il repère enfin les contraintes qui ne se voient pas sur un plan : le poteau porteur au milieu de la future salle, les trois marches qui séparent deux niveaux et interdisent le service fluide, la trémie d'escalier qui mange la surface utile, la façade classée qui bloque le projet de devanture.

Dernier point, technique mais déterminant : la marche en avant. Ce principe issu de la méthode HACCP impose que le circuit des denrées ne croise jamais le circuit des déchets, ni le propre le sale. Dans une cuisine de 15 m² mal configurée, respecter la marche en avant devient un casse-tête. Parfois une impasse. Et c'est le genre de sujet qui remonte lors d'un contrôle des services vétérinaires, pas avant.

5. Le courtier en financement professionnel

Certains porteurs de projet démarchent eux-mêmes trois banques et concluent que « les banques ne financent plus la restauration ». La réalité est plus nuancée : certaines banques ne financent plus la restauration, d'autres si, et il faut savoir lesquelles.

C'est exactement ce qu'apporte un courtier spécialisé : la connaissance des établissements réellement actifs sur le CHR, l'accès simultané à plusieurs interlocuteurs, et le montage d'un dossier au format attendu.

Deux points chiffrés à connaître avant même de constituer le dossier.

Premièrement, l'apport personnel attendu se situe entre 25 et 30 % du besoin total de financement. Un projet à 200 000 € demande donc 50 000 à 60 000 € d'apport. Les dossiers qui arrivent avec 10 % passent rarement.

Deuxièmement, et c'est moins connu : la banque finance rarement le pas-de-porte ou le droit au bail. Elle finance le fonds de commerce, le matériel, parfois les travaux. Le droit au bail, elle le considère comme un actif incorporel sans valeur de gage. Concrètement, un droit au bail de 80 000 € doit sortir de la poche du porteur de projet ou d'un financement complémentaire.

Les dispositifs à mobiliser en appui :

  • La garantie Bpifrance, qui couvre une partie du risque bancaire et débloque des dossiers autrement refusés.
  • Les prêts d'honneur (Réseau Entreprendre, Initiative France), à taux zéro et sans garantie, qui viennent renforcer l'apport aux yeux de la banque.
  • Le crédit-bail sur le matériel, qui préserve la trésorerie de démarrage en étalant le coût des équipements.

Une alerte pour finir, et elle vaut de l'argent : signer une promesse de vente ou un bail sans condition suspensive d'obtention de prêt, c'est risquer purement et simplement la perte du dépôt de garantie si la banque dit non. Cette clause ne coûte rien à demander. Son absence peut coûter plusieurs mois d'économies.

6. L'assureur spécialisé métiers de bouche

Il arrive souvent en fin de liste, traité comme une formalité administrative. C'est une erreur, pour deux raisons.

La première : l'attestation d'assurance multirisque professionnelle conditionne fréquemment la remise des clés. Pas d'attestation, pas d'accès au local, et les travaux prennent du retard.

La seconde est plus stratégique. Un assureur spécialisé sait dire si un local est assurable, et à quel prix. Cette information a sa place avant la signature, pas après.

Les garanties réellement indispensables en restauration :

  • Responsabilité civile exploitation et professionnelle. La base.
  • Intoxication alimentaire. Spécifique au secteur, et pas systématiquement incluse dans les contrats génériques.
  • Bris de machine et perte de marchandises en chambre froide. Un groupe froid qui lâche un week-end de juillet, c'est un stock entier à jeter.
  • Dégâts des eaux. Classique, mais avec des enjeux particuliers en sous-sol.
  • Perte d'exploitation. La garantie qui permet de survivre à une fermeture administrative ou à un sinistre. Souvent la première rognée pour faire baisser la prime, souvent celle qui manque le jour venu.

Sur l'assurabilité du local, trois configurations font grimper la prime ou déclenchent un refus sec : un local en sous-sol (risque d'inondation et de dégâts des eaux), un immeuble ancien avec installation électrique vétuste, et un historique de sinistres à l'adresse. Ce dernier point se vérifie en amont, et rarement de la bouche du bailleur.

7. L'organisme de formation hygiène et licences

Deux obligations légales, deux calendriers à anticiper.

La formation HACCP dure 14 heures. Au moins une personne de l'établissement doit en être titulaire. Deux dispenses existent : une expérience professionnelle d'au moins 3 ans dans le secteur en tant que gestionnaire ou exploitant, ou un diplôme équivalent en restauration. Sans l'une ou l'autre, la formation est obligatoire, et les sessions ne sont pas toujours disponibles la semaine où l'on en a besoin.

Le permis d'exploitation dure 20 heures, ramenées à 6 heures pour les professionnels justifiant de 10 ans d'expérience dans le secteur. Il est indispensable pour toute licence de débit de boissons et reste valable 10 ans. Sans lui, pas de licence. Sans licence, pas de vin au verre.

Mais la vraie question à trancher avant le bail concerne la licence elle-même : est-elle attachée au fonds ?

Ce point mérite qu'on s'y arrête. Une licence IV, celle qui autorise tous les alcools, ne se crée plus. Elle se rachète, uniquement. Et son transfert est encadré : en principe limité au département, sauf exceptions, et impossible depuis une commune qui se retrouverait alors dépourvue de toute autre licence IV.

Résultat : les prix varient énormément d'un territoire à l'autre. Dans certaines zones rurales, une licence IV se négocie à quelques milliers d'euros. Dans les grandes agglomérations tendues, la note peut être multipliée par dix.

Reprendre un fonds avec sa licence IV et reprendre un fonds sans licence sont donc deux opérations économiquement très différentes. À vérifier dans l'acte, pas dans la conversation.

Les déclarations administratives à calendrier contraint

Plusieurs démarches ont des délais incompressibles. Les découvrir trois jours avant l'ouverture prévue est une expérience désagréable.

  • Déclaration d'ouverture en mairie pour tout débit de boissons : au moins 15 jours avant l'ouverture.
  • Déclaration à la DDPP ou DDETSPP selon les départements, obligatoire dès lors qu'on manipule des denrées d'origine animale.
  • Autorisation de terrasse, délivrée par la commune, souvent instruite sur plusieurs semaines et jamais garantie.
  • Enseigne et devanture, soumises à autorisation d'urbanisme, avec des délais rallongés en secteur protégé ou à proximité d'un monument historique.
  • Dossier ERP, à déposer en amont des travaux, auprès de la commission de sécurité compétente.

8. Le géomarketeur ou l'expert en emplacement commercial

C'est le professionnel le moins consulté de cette liste. C'est aussi, paradoxalement, le seul qui valide l'hypothèse sur laquelle repose tout le reste : le flux.

Parce qu'un prévisionnel de restaurant se construit sur un nombre de couverts. Ce nombre de couverts suppose des clients. Ces clients supposent du passage. Et le passage, on le suppose plus qu'on ne le mesure.

Ce qu'un géomarketeur analyse :

  • La zone de chalandise réelle, isochrone à pied et en voiture.
  • Les comptages piétons par tranche horaire. Une rue peut être noire de monde à 18 h et déserte à midi. Pour un restaurant du midi, c'est rédhibitoire.
  • Le taux de vacance commerciale de la rue. Trois locaux vides sur vingt, c'est un signal. Six sur vingt, c'en est un autre.
  • Le mix commercial environnant. Des bureaux génèrent du midi en semaine. Des commerces de bouche génèrent du samedi. Un cinéma génère du soir.
  • Les projets d'urbanisme. Travaux de voirie sur dix-huit mois, piétonnisation programmée, ouverture d'une enseigne concurrente à deux cents mètres. Ces informations existent, elles sont souvent publiques, et presque personne ne va les chercher.

Pour un petit projet qui ne peut pas s'offrir une étude complète, il existe une version artisanale et honnêtement assez efficace. Faire ses comptages soi-même, sur plusieurs créneaux, chronomètre en main. Croiser avec les données INSEE à l'échelle IRIS, disponibles gratuitement. Éplucher la concurrence sur Google Maps, en lisant les avis clients autant que les notes, parce que les avis racontent les habitudes du quartier.

Et surtout, aller observer aux deux moments qui ne trompent pas : le lundi soir et le dimanche midi. Un emplacement qui tient encore debout à ces deux créneaux est un bon emplacement. Une rue vide le lundi soir peut très bien fonctionner, mais elle raconte quelque chose sur la structure du chiffre d'affaires à venir.

Tableau de synthèse : qui contacter, quand, pour quel budget

Professionnel Moment d'intervention Ce qu'il sécurise Budget indicatif
Expert-comptable CHR Amont, avant toute visite sérieuse Loyer supportable, prix du fonds, prévisionnel, BFR 500 à 1 500 €
Géomarketeur / expert emplacement Amont, à la présélection des locaux Flux réel, zone de chalandise, risques d'environnement 0 à 2 500 € selon méthode
Avocat en baux commerciaux Dès la lettre d'intention Destination, charges, travaux, renouvellement, clauses 800 à 2 500 €
Bureau de contrôle / BET Lettre d'intention, avant promesse ERP, accessibilité, extraction, sécurité incendie 500 à 1 500 €
Courtier en financement En parallèle de la négociation Plan de financement, apport, garanties, délais bancaires 1 à 2 % du montant financé
Architecte d'intérieur / MOE CHR Avant signature Faisabilité du concept, couverts réels, budget travaux Étude préalable 500 à 1 500 €
Assureur métiers de bouche Après accord de principe Assurabilité du local, garanties, attestation pour les clés Devis gratuit, prime annuelle variable
Organisme de formation Après accord de principe HACCP, permis d'exploitation, calendrier des licences 400 à 900 € les deux formations

Lu dans l'ordre, ce tableau raconte une chronologie. Le comptable et le géomarketeur travaillent en amont, quand il est encore temps de changer d'avis. L'avocat et le bureau de contrôle interviennent au moment de la lettre d'intention, quand un local est identifié. Le courtier avance en parallèle. L'architecte tranche avant la signature. L'assureur et les organismes de formation prennent le relais une fois l'accord de principe obtenu.

La checklist des 10 vérifications avant de signer

À imprimer, littéralement. Dix lignes, dix cases à cocher. Aucune case vide au moment de sortir le stylo.

  1. Destination du local vérifiée dans le bail et dans le règlement de copropriété.
  2. Extraction validée par écrit, techniquement et juridiquement.
  3. Accord de la copropriété obtenu, ou condition suspensive inscrite.
  4. Diagnostic accessibilité PMR réalisé, avec chiffrage ou dossier de dérogation identifié.
  5. Puissance électrique confirmée par le gestionnaire de réseau, triphasé compris.
  6. Prix du fonds validé par l'expert-comptable sur la base des bilans réels.
  7. Conditions suspensives inscrites au compromis : prêt, extraction, copropriété, licence.
  8. État des lieux d'entrée contradictoire réalisé et annexé.
  9. Répartition des charges et travaux annexée au bail, conforme au décret de 2014.
  10. Licence identifiée, son transfert sécurisé et son coût intégré au plan de financement.

Les 5 erreurs qui coûtent le plus cher

Signer sans condition suspensive. L'erreur mère, celle qui rend toutes les autres irrattrapables. Une clause de trois lignes aurait suffi.

Surpayer le droit au bail sur une promesse de flux non vérifiée. Le cédant parle d'une rue « très passante ». Deux heures de comptage un mardi midi coûtent moins cher que 30 000 € de droit d'entrée injustifié.

Découvrir l'impossibilité d'extraction après signature. Le scénario le plus courant, et l'un des plus définitifs. Le projet meurt, le bail vit.

Sous-estimer le besoin en fonds de roulement. Un restaurant met rarement moins de six mois à trouver son rythme. Il faut donc entrer en exploitation avec 3 à 6 mois de charges fixes disponibles en trésorerie. Sans ça, on ferme non pas parce que le concept est mauvais, mais parce que la trésorerie est arrivée à zéro avant que la clientèle n'arrive.

Négliger la clause de charges et travaux. Elle paraît technique, elle est ennuyeuse à lire, et elle transfère parfois au preneur des dépenses de structure qui devraient rester au bailleur. Sur neuf ans, la facture se compte en dizaines de milliers d'euros.

Conclusion

Le bail commercial n'est pas un document administratif à signer entre deux rendez-vous. C'est le contrat qui fixe la structure de coûts d'une entreprise pour neuf ans.

Le rapport est simple à poser. D'un côté, quelques milliers d'euros de conseil : un avocat, un comptable spécialisé, un diagnostic technique, une vérification de flux. De l'autre, plusieurs dizaines de milliers d'euros de risque, avec en prime la possibilité que le projet ne voie jamais le jour tout en continuant de coûter.

Rares sont les restaurateurs qui regrettent d'avoir fait relire leur bail. Beaucoup regrettent de ne pas l'avoir fait.

Une fois la signature posée, le vrai travail commence : les travaux, le recrutement de la brigade et de la salle, le référencement local, la constitution d'une clientèle. Autant de chantiers qui se mènent mieux quand les fondations juridiques et financières sont saines.

Un projet d'ouverture en cours ? Le meilleur moment pour faire auditer un local, c'est celui où l'on hésite encore. Se faire accompagner en amont coûte toujours moins cher que réparer en aval.

FAQ

Combien de temps prévoir entre la recherche du local et l'ouverture ?

Comptez entre 6 et 12 mois pour un projet standard. La recherche de local prend souvent 2 à 4 mois, la négociation et les vérifications 1 à 2 mois, l'instruction bancaire 4 à 8 semaines, les travaux 2 à 4 mois selon l'ampleur, auxquels s'ajoutent les délais administratifs (autorisations d'urbanisme, dossier ERP, formations). Les projets qui visent trois mois finissent presque toujours par en prendre six.

Peut-on négocier le loyer d'un bail commercial en restauration ?

Oui, et plus largement qu'on ne le croit. La négociation ne porte d'ailleurs pas seulement sur le montant : une franchise de loyer pendant les travaux (souvent 3 à 6 mois), une prise en charge de certains travaux par le bailleur, un plafonnement de l'indexation ou une répartition plus favorable des charges pèsent parfois davantage sur la trésorerie que 100 € de loyer mensuel. La marge de manœuvre dépend surtout de la tension locative du secteur et de la durée de vacance du local.

Faut-il acheter un fonds de commerce ou créer de toutes pièces ?

Acheter un fonds coûte plus cher à l'entrée, mais on récupère une clientèle, une licence, souvent du matériel et une cuisine aux normes. Créer coûte moins cher en droit d'entrée, mais tout est à construire, y compris le chiffre d'affaires, ce qui alourdit le besoin en trésorerie de démarrage. La reprise convient bien à un concept proche de l'existant ; la création s'impose quand le concept est très différent, parce qu'on paierait alors une clientèle qu'on ne conservera pas.

Qu'est-ce que le pas-de-porte et est-il négociable ?

Le pas-de-porte, ou droit d'entrée, est une somme versée au bailleur à la signature, en contrepartie de l'entrée dans les lieux. À ne pas confondre avec le droit au bail, qui se paie au locataire sortant. Il est négociable, en particulier quand le local est vacant depuis plusieurs mois ou que la rue affiche un taux de vacance élevé. Deux points de vigilance : sa qualification fiscale et comptable dépend de sa nature (supplément de loyer ou indemnité), et les banques le financent rarement.

Quel apport personnel faut-il pour ouvrir un restaurant ?

La règle observée tourne autour de 25 à 30 % du besoin total de financement. Pour un projet à 250 000 €, cela représente 60 000 à 75 000 €. Les prêts d'honneur et certaines aides à la création peuvent renforcer cet apport aux yeux de la banque, tandis que la garantie Bpifrance réduit son risque. Un dossier avec moins de 20 % d'apport passe difficilement, sauf profil très expérimenté ou emplacement exceptionnel.

La licence IV est-elle obligatoire pour un restaurant ?

Non. Un restaurant qui sert des boissons alcoolisées uniquement pendant les repas relève de la « petite licence restaurant » ou de la « licence restaurant », selon les groupes de boissons servis. La licence IV, dite grande licence, devient nécessaire pour servir des alcools en dehors du service, au comptoir ou en soirée, autrement dit dès qu'on exerce une activité de bar. Elle ne se crée plus et se rachète, avec des règles de transfert géographique strictes. Dans tous les cas, le permis d'exploitation reste obligatoire.

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